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02/01/2009

2009 ! Happy !

Cane2
























Monument de l'Arrivée Indienne, La Darse, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe
(detail).

27/12/2008

1854 - 2008 : 154 ANS DE L'ARRIVEE INDIENNE EN GUADELOUPE

 P1016670 Nwélo ! Nwélo ! Qu’il est bon le divin’enfant ! Tel fut sans doute le cri de joie des planteurs euro-chrétiens de nos habitations cannières en ce Noël de l’an 1854. En effet, le 24 décembre de ladite année accostait à la darse de Pointe-à-Pitre le navire voilier "L’Aurélie" après une longue et périlleuse traversée océanique.

La cargaison de 314 paires de bras d’Inde qui en descendit allait se plier pour permettre de perpétuer l’exploitation de la canne en Guadeloupe, en remplacement du bois d’ébène qui avait 8 ans plutôt conquis sa liberté. En cette période de pois de bois, signalons pour la petite histoire qu’une quarantaine d’entre eux sera envoyée sur les habitations de Marie-Galante.

Ce qui frappait mercredi dernier 24 décembre 2008 au monument de la Première Arrivée P1016693 Indienne, c’était l’arc-en-ciel ethnique constitué par la petite foule venue marquer le 154è anniversaire. Descendants de bras d’ébène, de bois d’Inde, touristes et gens de tous brassages se côtoyaient, tant parmi les célébrants que la foule des passants qui marquaient l’arrêt, surpris par les sons et les couleurs qui faisaient vibrer un monument bien placé, mais quelque peu à l’étroit dans son enclos.

On ne fêtait pas une race, mais un apport, une culture, une foi, qui se partagent avec tous. Tous présents semblaient animés d’une même appréciation pour cette petite fête pleine de signification qui a lieu chaque année depuis l’inauguration du monument le 23 Janvier 2005, retardée à cause d’un fait sismique en décembre 2004.

P1016688 Discours simple, M. Cheddie Sidambarom, maître de conférences à l’UAG, fait un rappel historique, nécessaire, car le détail de l’immigration indienne est toujours gravement absent de nos manuels scolaires. Pour pallier, la plaque du monument indique que 42.326 travailleurs de l’Inde arrivèrent à la Darse de 1854 à 1889, que parmi eux, 24.891 périrent, notamment de mauvais traitements, et que 9.460 retournèrent en Inde.

Pandit Elie Shitalou officie un rituel simple mais émouvant - lever de flamme, fleurs, fruits, benjoin au monument à la mémoire des ancêtres franchisseurs d’océans. M. Maurice Mardivirin, frêle mais solide octogénaire canalien, chante un profond chant traditionnel en tamoul. Les danseuses de l’association Padma de Petit-Canal exécutent, sur un enregistrement de musique traditionnelle indienne locale, des pas ancestraux heureusement préservés, de même que les danseuses traditionnelles d’Annick Ragouber. Il est réconfortant P1016663pour tout un chacun de voir ici présentes cinq à six générations, et la communion de toutes les composantes pour honorer l’apport de l’Inde à notre culture pays, à la collectivité toute entière.

On aura vu en effet côte à côte un Eliézère Sitcharn, président des Amis de l’Inde, un Jacques Sidambarom, descendant direct de celui à qui les Indiens doivent leur sortie de l’apatridité, un Luc Reinette, une Evelyne Pauline, un Yvon Coudrieu, rescapé des dramatiques événements de 1967, la noble Madame George Tarer, représentant la municipalité, la presse, RFO... et de nombreux passants et touristes. Tous ont rehaussé de leur présence un événement dont la jovialité, l’esprit de famille et l’ouverture n’auront échappé à personne. Et c’est un front uni de tous grades et qualités qui s’est dirigé vers la mer pour y déposer non sans émotion, quelques fleurs et pétales. A travers l’espace et le temps c’est la reconnaissance de la Guadeloupe à ses enfants venus des océans lointains, saluée d’ailleurs aussitôt par un bref grain de pluie.

P1016678Quant à la "petite collation", pour employer l’humble mot de Fred Négrit, présentateur et Président du Centre Guadeloupéen pour la Promotion des Langues Indiennes, qui a clos l’événement, ce fut un délicieux régal de vadè, pannialon, loti... qui n’a laissé aucun palais indifférent.

Comme si Dieux et Déesses, en cette période de boire et manger, nous rappelaient que les papilles de la nation seront toujours garantes de son unité.

Texte et photos : Jean S. Sahaï.



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23/12/2008

SHEILA RAMPERSAD : SUGAR CANE AND SOUKOUYANT STORY

Phantoms of the Cane
by Dr. Sheila Rampersad

From Preface to THE GREEN FACE MAN
by Professor Rosanne Kanhai
ISBN: 976-620-227-3


I was born in the cane fields of Central Trinidad and raised on stories of cane

Among my earliest memories are those of my mother and grandmother cautioning
that, since I had to taxi through the cane fields to get home from school, I was not
to stay out late. After dark, they said, a phantom straddled the cane road; anyone
attempting to pass between his powerful legs was crushed. When the phantom
appeared, pedestrians could not go forward, only backward.

As if that was not terrifying enough, the soucouyant or the la diablesse herself,
accompanied the phantom. My mother never saw the la diablesse herself, but she
told us of her fear on particular nights when, walking along a dark Central road -
one of those straight access roads that quarter the cane fields - she heard a child
crying in the bushes. She looked and looked, through the stubborn stems and in the
long ditches. She found no child, but felt the presence of the la diablesse.

The soucouyant, according to my grandmother, was one of our neighbours - an old
woman, Miss L - whose movements were suspiciously brisk for her age. At nights,
she pulled off her own skin in favor of the soucouyant's translucent peel and flew
into village homes to suck people's blood to make her strong and youthful. Many
nights my sisters and I stayed awake, salt in hand, waiting to throw it at the flying
soucouyant. The next morning, according to my grandmother, we would see the
burn marks on Miss L. On those nights Ma stayed awake long after we fell asleep,
and in the morning we would see clumps of salt in a protective ring around the
house.

As I entered my teenage years, book-learning confronted folklore. The cane fields
became a place of literary romance. My favorite literature teacher spoke tenderly of
the Central landscape, preparing me to appreciate Samuel Selvon's world of the
cane as one of nobility, drudgery, and bitterness. When she taught V.S. Naipaul, it
was as if she was in the middle of acres of young cane, spreading her arms into the
dry season wind and claiming every sharp stalk, every light flower, every speck of
soot.

Cane has inspired the creativity of many Caribbean writers, Samuel Selvon and
V.S. Naipaul entered the belly of cane with literary genius. Feroze and JoJo, the
Adamic Indian and African, have their first encounter in the cane fields of Earl
Lovelace's Salt. Derek Walcott's Saddhu of Couva sits amidst cane, listening to the
Anopheles' drone as that of the sitar.

20/12/2008

HOMMAGE A LOGANADIN SAMINADIN

Loga5 Loga1

22 DECEMBRE LE CGPLI A RENDU HOMMAGE A LOGANADIN SAMINADIN

Le 22 décembre 2008 une vingtaine de personnes était réunie au Centre Guadeloupéen pour la Promotion des Langues Indiennes (CGPLI) pour rendre hommage à la mémoire de M. Loganadin Saminadin, décédé la semaine précédente à Nice à l'âge de 77 ans.

Une grande partie de ces personnes sont des étudiants de celui grâce à qui l'enseignement du Hindi et surtout du Tamoul ont enfin pu exister aux Antilles Françaises.


Après un touchant diaporama préparé par Fred Négrit, président du CGPLI, le texte de Gerry L'Etang (voir plus bas) a été lu.

Puis une série de témoignages émouvants ont évoqué la grande humilité de 'Loga', contrastant avec son savoir immense qu'il était toujours prêt à partager; son rare respect (chez un "Indien de l'Inde") pour les manières culturelles, cultuelles, culinaires, festives... et la personne des indo-guadeloupéens; sa grande compassion pour nos pertes et oublis ancestraux; son souci d'une pédagogie attrayante et efficace; ses encouragements à ses étudiants à aller le plus loin possible dans la connaissance.


Né à Pondicherry, enseignant retraité de l'Education Nationale française en Algérie puis en Guadeloupe, M. Loganadin a passé la plus grande partie de sa vie en Guadeloupe, pays d'adoption auquel il était très attaché et où il revenait toujours.

Son œuvre inestimable (dont un livre et des cassettes pour l'apprentissage du Tamoul par les francophones et diverses contributions pédagogiques à la LCR) est maintenant aux mains de ceux qu'il a formés et qui enseignent aujourd'hui le Tamoul et le Hindi au CGPLI.


La soirée s'est achevée par un chant de mantras à la mémoire de M. Loganadin.

Incinéré à Nice le 23 décembre, ses cendres seront dispersées sur le Gange à Bénarès.
Il sera dans les mémoires lors de la commémoration de la première arrivée indienne le 24 décembre de 9h à 11h au monument indien de la Darse.


Jean S. Sahaï

Ba Loga, ki ba nou fos-la 
Par Gerry L'Etang

C'est avec grande tristesse que j'apprends le décès, le 13 décembre 2008 à Nice, de Loganadin Saminadin, à 77 ans 

Loga nous venait de Pondichéry, il y était instituteur. Il avait quitté l'Inde pour enseigner en Algérie, avant de se fixer, à la fin des années soixante, en Guadeloupe, où il avait appris à lire et à écrire à de nombreuses promotions de Guadeloupéens.  

Loga était un amoureux de la Guadeloupe. Toutes les fois qu'il avait pris la décision de retourner en Inde ou de partir vivre à chez ses enfants à la Réunion ou en France, il était revenu. Il était encore il y a peu en Guadeloupe, avant de partir pour Nice, se soigner et finalement mourir. 

Les domiciles de Loga, son appartement à Pointe-à-Pitre puis sa Maison de Borel (Lamentin), étaient des petits morceaux d'Inde, plus précisément du pays tamoul. Ceux qui y passaient, en quête d'exotisme ou de resourcement, respiraient à pleines bouffées le pays lointain. L'Inde était en effet partout : dans les calendriers hindous, dans les images polychromes des divinités, dans la cuisine qui fleurait le massalè, dans le Kaili que Loga revêtait quand il recevait (tous ceux qui venaient d'Inde s'arrêtaient un moment ou l'autre chez Loga), dans Loga lui-même, qui savait restituer le meilleur du lieu où il était né. Et dans la langue tamoule. 

Car Loga, ce fut d'abord le Tamoul en Guadeloupe. Cette langue, importée par les immigrants indiens du XIXe siècle et qui se délitait, trouva en Loga un vecteur de survie. Il eut des centaines d'élèves et contribua notablement au renouveau du tamoul en Guadeloupe. Et aussi en Martinique. 

Lorsqu'au début des années 1990 j'assurai à l'UAG, à la demande de Jean Bernabé, la mise en place du Diplôme universitaire de langues et cultures régionales (DULCR) option indienne, que le GEREC créa en Guadeloupe et en Martinique, Loga, qui venait de prendre sa retraite de l'éducation nationale, dispensa quatre ans durant les cours de tamoul et de hindi. Il fut, pour tout dire, celui qui permit l'ouverture de ce diplôme.

Car s'il fut assez facile de trouver sur place des spécialistes de civilisation de l'Inde, ce fut plus difficile pour l'apprentissage des langues. Sans Loganadin Saminadin, rien n'aurait pu être fait.    

Loga se passionna tellement pour cette expérience qu'il élabora, pour ses étudiants du DULCR option indienne comme pour d'autres, un Cours d'initiation au tamoul pour francophones (ouvrage et cassettes audio). Cette publication représente, aujourd'hui encore, un bréviaire pour bien des apprenants de tamoul en Guadeloupe et en Martinique. 

Par la suite, ses compétences de pédagogue tamoul furent mises à profit dans d'autres cadres, singulièrement au travers de sa collaboration à l'aventure du Conseil guadeloupéen pour la promotion des langues indiennes (CGPLI),  initiative de formation au hindi et au tamoul mise en œuvre en collège et ailleurs, avec dynamisme et bonheur, par ses anciens étudiants du DULCR option indienne : Fred Negrit, Michel Nankou, Annick Raghouber … 

Loganadin Saminadin fut un visiteur dont la venue ne fut pas sans conséquence. Il apporta à la Guadeloupe, dans la discrétion, l'humilité, la timidité même, un plus, une force. Il fortifia une part de ce pays - une langue et une culture - qui menaçait disparition. Il fut un ami, un allié, un frère. I ba nou fos-la.

Gerry L'Etang.

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"Je pense qu'il faudrait enseigner le tamoul aux Antillais. Bien entendu entre autres langues." - Aimé Césaire à Jean S. Sahaï, Fort-de-France le 26 juin 2003.

Photos courtesy Fred Négrit et CGPLI.

Laissez vos impressions en cliquant ICI.

30/11/2008

INAUGURATION DE LA RUE DEBIDINE SAHAÏ A BAIE-MAHAULT

Debidine


HOMMAGE À UN GUADELOUPÉEN CRÉOLE NÉ EN INDE : INAUGURATION DE LA RUE DEBIDINE SAHAÏ A BAIE-MAHAULT LE 11 NOVEMBRE 2008

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 'The past is never dead. It's not even the past.' - William Faulkner (Requiem for a Nun).          

Arrivée de bateau dans la darse de la Pointe à Pitre, lieu de débarquement des travailleurs venus de l'Inde. (Image collection lameca.org)


Si rares sont les dénominations de lieux aux Antilles Françaises au nom de personnes d’origine indienne!

DSC05654Le 11 novembre 2008, la Municipalité de Baie-Mahault honorait un ancêtre indien devenu guadeloupéen créole, en nommant une rue Débidine Sahaï au lieu dit “Fond Sarrail”, quartier de La Jaille, jadis propriété d’une famille de notaires parmi lesquels le Général de division La Jaille, sénateur de la Guadeloupe.

Le Général Maurice Paul Emmanuel Sarrail, né à Carcassonne le 6 avril 1856, militaire français de la Première Guerre mondiale, commandant en chef de l’armée française d’Orient, est inhumé aux Invalides.

Mais ce grand militaire qui a son avenue à Paris, son quai à Lyon,vde nombreuses rues en France, de Créteil à St Dizier, ou à Montauban... n’a aucun rapport avec son contemporain indo-guadeloupéen Débidine Sahaï.

C’est cette ineptie administrative qu’a voulu rattraper le maire de Baie-Mahault Ary Chalus, interpellé par les descendants de Sri Débidine Sahaï, arrivé de l’Inde dans les années 1880 sur un “coolie ship” parti de Kolkata (Calcutta) le “British Navy”. Après son débarquement à la Darse de Pointe-à-Pitre, Débidine Sahaï vécut et travailla en effet sur l’habitation La Jaille, qui en se développant allait devenir la première bourgade de Baie-Mahault.

InaugDebiL’inauguration de la rue Débidine Sahaï avait lieu dans le cadre du recensement des personnes-ressource de la commune et de la fête du quartier “Fond Sarrail”, là où le jeune homme arrivé vers 1880 habita, acquit des terres par son dur labeur, et contribua au développement de sa commune d’adoption.

L’état-civil de la ville de Baie-Mahault nous apprend qu’en l’an 1890, le matin du samedi 25 avril, eut lieu le mariage du sieur Débidine Sahaï, âgé de 39 ans, cultivateur, domicilié en cette commune de la Baie-Mahault, immigré n° 25.615, d’une part, et de la demoiselle Marie Tayé, âgée de 18 ans, célibataire, cultivatrice, née et domiciliée en cette même commune de la Baie-Mahault, fille du sieur Nagaman, n° 17.723 bis.

Notons en passant que les travailleurs indiens n’avaient pour toute pièce d'identité que le précieux numéro de contrat. Nous y reviendrons.

De l'union entre un des derniers migrants Indiens, né au Bihar, état agricole pauvre du Nord de l’Inde, parlant Bhodjpuri (dialecte Hindi) et convoyé depuis Calcutta (Kolkata), avec une jeune tamoule née en Guadeloupe dont le père, portant le nom de Nagaman, avait été convoyé de Pondichéry, Inde du Sud, devaient naître 15 enfants.

Rue StéphaneLes deux premiers enfants, Rodolphe Gabriel, arrière grand-père de votre serviteur, et Albert Aristide Sahaï, étaient déjà en fait nés, à La Jaille Baie-Mahault, lorsque le mariage fut célébré.

Notons que le Créole fut adopté par des Indiens venus de régions très éloignées du Nord et du Sud de l’Inde et leur permit de communiquer entre eux malgré la barrière qui séparait le Bhodjpuri du Tamoul, de se marier, de travailler et de vivre aux colonies - un pseudo-Eldorado où on leur avait fait croire qu’ils allaient s’enrichir à faire sécher de la poudre d’or au soleil... Le “colombo” (du mot tamoul kolbou) devenu plat "national” de nos îles, est finalement une production îlienne indo-créole, élaborée à partir du cari des tamouls de l’Inde du Sud et de la masala du Nord. Les plantes indiennes entrant dans ces compositions ayant été cultivées intensivement en Guadeloupe par les arrivés de l'Inde et leurs descendants.

 Notons aussi le passage immédiat des prénoms indiens comme Débidine à des noms de Saints chrétiens en français comme Marie ou Gabriel... Les Sahaï de Guadeloupe en sont une pléiade ! L’histoire de la francisation et de la catholicisation imposée aux migrants ne fut pas sans douleurs et sans larmes…

Le travail ardu et le service à la terre d’adoption sera la réponse des immigrants indiens face à deux difficultés de fond : rejet par les anciens esclaves qui voyaient en eux des individus acceptant de faire un travail dont ils ne voulaient plus et, avec l'éloignement, la quasi-disparition de la plus grande partie de leurs langues, religions, coutumes, codes vestimentaires, suite à une acculturation forcenée.

DSC00015Après ces années à La Jaille Baie-Mahault, Débidine partira pour “la Capesterre”, aujourd'hui Capesterre Belle-Eau. Une partie de La Jaille gardera son nom en souvenir de sa présence et de son travail, et sera désignée en créole par les gens “Fon Saray”. Ce nom sera transformé par les toponymistes des temps modernes, s'appuyant sur leurs références françaises plutôt qu'au fonds local, en un homonyme “Fond Sarrail”.

Débidine Sahaï travaillera de nombreuses années sur l'ancien Domaine du Marquisat de Sainte-Marie de la Capesterre, et y eut onze enfants. L’ancienne sucrote rachetée par Henri Longueteau avait été transformée en 1895 en distillerie pour produire ce qu'on a appelé à l'époque le “rhum z'habitants”, une innovation qui perdure encore, et a gardé son originalité. La distillerie Longueteau, la plus ancienne encore active en Guadeloupe, fonctionne toujours comme au temps de l'employé Débidine Sahaï et des charrettes à bœufs. Pas d'électricité, pas d'essence, ni même de pétrole : c'est la vapeur produite grâce aux résidus de la canne broyée que l'on appelle la bagasse qui actionne toujours un piston vieux de 87 ans et surprend les visiteurs !

Les premiers M. et Mme Sahaï de la Guadeloupe vécurent ensuite à la section Viard, commune de Petit-Bourg, où ils eurent leurs deux derniers enfants, François et Léonie. Puis ils s’installèrent définitivement dans la jolie commune toute proche “de la Goyave” qui tient son nom des nombreux goyaviers qui poussaient le long de la principale rivière qui descend de la forêt tropicale, recouvrant la montagne. 

Débidine Sahaï y acheta grâce à son travail une terre à cultiver “allant de la montagne à la mer”, comme disent ses descendants. Il reste de cette propriété, à la section Sarcelle, une partie où habitent plusieurs familles Sahaï, auprès de la tombe de l'ancêtre Débidine décédé le 31 mai 1920 à 69 ans. Il  repose auprès de son épouse et de deux de ses fils, à l’ombre des avocatiers, 6663869arbres à pain, ylang-ylang et autres arbres qu’il y planta.

Ce n’est qu’en 1923, trois ans plus tard, que les travailleurs Indiens de la Guadeloupe et leurs descendants, jusque-là porteurs pour toute identité de simples numéros d'apatrides et tenus à l'écart de la vie socio-politique, acquerront nationalité française et droit de vote, grâce au combat d’Henry Sidambarom.

Quant à notre Général Maurice Paul Emmanuel Sarrail, Haut-commissaire de la République française en Syrie, commandant en chef de l’armée du Levant, il est rappelé en France l’année d’après, le 29 novembre 1924, "à cause de sa manière violente lors de la révolte des Druzes". Il rend définitivement l’ârme à Paris, le 23 mars 1929.
 
Les dix fils de Débidine Sahaï portaient les prénoms suivants: Gabriel, Aristide, Emile, Marcel,  Maxime, Joseph, Edgard, Paul, Léon, et François. Ses dix filles se prénommèrent Eugénie, Marie (Mayotte), Eliane, Béatrice et Léonie. La doyenne de ses descendants vivants est Agnès Michelle Sahaï, veuve Siwsanker, aujourd’hui âgée de 92 ans.

Les fils de Débidine travaillèrent dans les habitations puis les usines à sucre (Paul Aubin, Darboussier, Blanchet, Bonne-Mère, Rougeol, Beauport...) où ils se distinguèrent. Leurs nombreux descendants sont à ce jour actifs dans des domaines divers au service de tous – agriculture, santé, administration, éducation, commerce, musique, radiophonie, cinéma... Tant dans les villes et communes de Guadeloupe qu'en France, Europe, Nouvelle-Zélande… ils ont essaimé.

En ce 11 novembre 2008, avec la rue Débidine Sahaï, qui va “du pénitencier à l’école des Sœurs de la Jaille”, la municipalité de Baie-Mahault inaugurait à "Fon Saray" une rue Gaston Cazalis et une stèle en mémoire des femmes victimes de la violence, suite à des actes meurtriers et Michelle Siwbarbares commis dans le quartier quelques jours auparavant.

S’associant à cette émotion, la famille Sahaï a souhaité que l’éducation à la non-violence, à la tolérance et au travail persévérant, nobles apports des travailleurs venus de l’Inde, fasse partie de la solution.

Dans cette optique, un Mémorial Multi-Culturel Débidine Sahaï serait d’ores et déjà en projet.

Jay Shri Débidine Sahai !

Jean S. Sahaï

Debidine

 

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Images (click'agrandables) :

  • Arrivée dans la darse de Pointe-à-Pitre, lieu de débarquement des travailleurs de l'Inde
  • André Sahaï, petit-fils de Débidine Sahaï lors de l'inauguration
  • Ary Chalus, maire de Baie-Mahault dévoile la première plaque de la rue Débidine-Sahaï
  • Stéphane Vieillot dévoile une autre plaque, clin d'œil complice à son aïeul
  • Jean, Jude, Ali, Aïsha Sahaï
  • Homonyme et contemporain de Débidine : le Général Sarrail
  • Agnes Michelle-Siwsanker, la plus ancienne Sahaï vivante de Guadeloupe
  • Diversité : les Sahaï de la Guadeloupe moderne
  • Les tombes de Débidine Sahaï, son épouse et ses deux fils à Goyave, Guadeloupe.


Liens utiles

Remerciements

  • Ary Chalus, Maire de Baie-Mahault et sa municipalité
  • Ena Vieillot-Sahaï, Jude Sahaï, Aïsha Sahaï (recherches généalogiques)
  • Fred Négrit (photos)
  • Peggy Mohan (New Delhi, recherches en Bhodjpuri)
  • La Plantation Longueteau à Sainte-Marie, Capesterre Belle-Eau

"On peut parfois compter toutes les oranges qui sont dans l'arbre, mais jamais tous les arbres qui sont contenus dans l'orange." - A.K. Ramanujan (1929-1993).

CHANSON ANCIENNE EN BHODJPURI : "Haath mein mehndi"